DÉBORDS

   © Gautier Deblonde

   © Gautier Deblonde

La démarche d’Olga de Soto peut être considérée comme étant au départ d’un mouvement de recherche et de création qui se penche et trouve ses sources dans l’Histoire de la Danse du XXème siècle. Tout au long de ses créations, la chorégraphe sonde les thèmes de la mémoire et de l’empreinte. Ses créations oscillent entre l’étude de la mémoire perceptive et la recherche documentaire - rattachée à l’histoire de la danse -, et l’étude et la mise à l’épreuve de la mémoire corporelle.

Gil Mendo, Culturgest

 

Après la création du spectacle histoire(s), œuvre qui a comme point de départ Le Jeune Homme et la Mort - ballet mythique de Roland Petit, créé en 1946 au Théâtre des Champs Elysées, à Paris -, et en parallèle à son travail sur la mémoire corporelle, concrétisé dans le spectacle accumulatif INCORPORE ce qui reste dans mon cœur (2004-2009), Olga de Soto décide de se pencher sur La Table Verte, ballet mythique du chorégraphe allemand Kurt Jooss, créée le 3 juillet 1932, dans ce même théâtre parisien.

Œuvre essentielle dans l'Histoire de la Danse, spectacle célèbre par son message socio-politique et anti-belliciste, ainsi que par le positionnement de son auteur face aux lois antisémites mises en place par Hitler, dès son arrivée au pouvoir le 30 janvier 1933. Ce ballet en huit tableaux pour seize danseurs, inspiré par une danse macabre du Moyen-Âge, est considéré comme une des œuvres les plus politiquement engagées de l'histoire de la danse du XXème siècle ; spectacle emblématique par les thèmes qui y sont abordés, la montée du fascisme et la guerre, empreint du climat trouble de la période qui précéda la Seconde Guerre Mondiale et, en quelque sorte, “visionnaire”, face à la réalité sombre d'une époque.

Le projet de la chorégraphe se divise en deux volets et se développe dans une dimension temporelle qui tente de couvrir le temps qui nous sépare aujourd'hui de l’année de la création de La Table Verte.

Dans Une Introduction, premier volet de son projet, Olga de Soto prenait la parole afin de partager avec le public son long travail de recherche et de documentation, lui faisant part de son questionnement. Elle tendait une ligne entre passé et "à venir". Depuis, elle est partie à la recherche de spectateurs ayant vu La Table Verte, à différents moments de l'histoire, dans différents pays, et a lié ses recherches au parcours de Jooss. Elle a également cherché des danseurs ayant travaillé directement avec le chorégraphe et ayant porté l'œuvre. Aujourd'hui, et après ce périple qui s'est déployé de la Belgique au Chili en passant par la France, l'Allemagne, l'Angleterre et la Hollande, elle laisse le plateau à six interprètes qui se nourrissent des divers témoignages filmés, glanés au fil du temps.

La chorégraphe aborde l’œuvre au départ de son impact, creuse encore dans le temps, se déplace, cherche, enquête, fouille, questionne. Des paroles, mais aussi des corps et des regards qui interrogent alors la charge qui est portée par l'œuvre, ainsi que ce qui fait encore charge, aujourd’hui, de manière étonnante, sur les interprètes.

<