(ELLE) RETIENT

Dans ce geste de remémoration, on se prend, par un fort mouvement de mimétisme que la justesse et l’émotion du ton d’Olga de Soto communiquent aisément, à retisser des fils de son propre passé. Confession sur les trébuchements de l’acte créateur, éloge de la mémoire, interrogation sur le devenir de l’homme et l’empreinte de l’art, le spectacle décloisonne les champs, crée des résonances nouvelles, ouvre des portes.

Alice Bourgeois, Les souvenirs d'Olga, Mouvement, 31 Janvier 2016

 

Plusieurs années durant, Olga va pister danseurs et spectateurs d’une des œuvres les plus politiquement engagées de l’histoire de la danse, La Table verte de Kurt Jooss (1932). (…) Les voyages entrepris - de la Belgique au Chili, de l’Allemagne à l’Angleterre, des Pays-Bas à la France -, la collecte d’indices, de témoignages, d’archives, s’ils constituent un parcours remarquable, révèlent surtout une matière sous-jacente et essentielle : la rencontre, l’humain, l’individu, son histoire personnelle et comment elle s’inscrit dans l’histoire collective, les traces que porte une existence de ce qu’elle a traversé. Cette traversée - multidirectionnelle et polysémique - se condense dans (Elle) Retient pour questionner l’expérience et les traces dans le corps de celle qui l’a menée, dans sa danse même, que la recherche avait presque effacée. Dans la parole aussi, relais du savoir et vecteur d’émotion. Dans la lumière et l’obscurité, l’écoute et l’humilité.

Marie Baudet, Œuvres et corps à l'épreuve du temps, La Libre Belgique, 8 Octobre 2015

 

La danse s’efface petit à petit du corps, pour devenir souvenir. Puis, elle est partagée en paroles. Un fil directeur est posé en colimaçon. Il s’enroule à mesure que le propos se déroule, comme aspiré, tandis que thés et cafés sont partagés avec les personnes interrogées. Échauffer son corps, ses muscles, dans des grincements de chemins anciens, non parcourus depuis longtemps mais bien présents dans leurs traces élégantes.

Stéphanie Cassilde, (Elle) Retient, Blog Biennale Charleroi Danses

C’est d’un corps profond que se restitue sur scène une danse qui survit à cette expérience de la parole de l’autre, forcément métabolisée. Alors, ce corps en scène expose sa propre histoire (…). La parole, devenue impuissante devant l’histoire de l’autre, doit alors compter sur le corps qui cherche les bords, des figures à l’aveugle, dans le vide. (…) Au- delà des histoires de ces acteur.rice.s de La table verte, au-delà des histoires d’Olga elle-même, nous voilà sensibilisé.e.s à ce qui concerne tout un chacun : le travail muet, en nous, du temps qui passe et décide de la lutte que chaque mémoire mène contre l’oubli pour conserver, pour recomposer.

François Frimat, Mémoire en écho, Les Démêlées n°1, été 2018

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